Cagnotte pour Christophe Dettinger : une centaine de donateurs convoqués par la police


Ils doivent témoigner dans le cadre d’une enquête ouverte pour « abus de confiance » contre Leetchi qui a bloqué les fonds recueillis pour le « boxeur de gendarmes ».

Une enquête pour « abus de confiance » a été ouverte à Paris dimanche 9 mai, après la plainte de participants à la cagnotte de soutien à l’ex-boxeur Christophe Dettinger qui accusent Leetchi d’avoir « détourné les fonds ». Et plusieurs souscripteurs de cette cagnotte ont été contactés par la police pour témoigner cette semaine, révèle RTL.  

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Selon un courriel d’un officier de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA), dont l’AFP a eu connaissance, ils seraient une centaine dans ce cas. Selon LCI et un journaliste du Point, Leetchi aurait en effet transmis son fichier donateurs (8000 personnes dans ce cas) à la police. 

Ceux qui ne peuvent venir se sont vus adresser deux questions auxquelles ils doivent répondre par écrit : « Pour quelles raisons avez-vous souscrit un don à la cagnotte Leetchi en soutien à Christophe Dettinger ? » et « À quelle date avez-vous souscrit et quel était le motif de la cagnotte sur le site ? ».  

« Un détournement de procédure »

Sur les réseaux sociaux mardi soir, de nombreuses personnes dénonçaient le fait que Leetchi ait communiqué ces coordonnées à la police. La plateforme ne peut pourtant pas s’y opposer dans le cas d’une réquisition judiciaire

Ce message a par ailleurs été envoyé, sans cacher les adresses des uns et des autres. « Je trouve ça choquant », estime l’un des souscripteurs contactés, s’étonnant d’avoir ainsi « accès à un groupe de donateurs de Leetchi, alors que dans les conditions générales on est protégé ».  

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« C’est un détournement de procédure, aucun d’entre eux ne peut aider à déterminer s’il y a eu abus de confiance », a réagi l’avocate du créateur de la cagnotte, Laurence Léger, qui défend aussi le couple Dettinger. Cette dernière y voit une forme de « pression » et d' »intimidation ». 

Début janvier, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait estimé sur Franceinfo qu’il était « souhaitable (…) de savoir qui a donné à cette cagnotte », estimant que le soutien financier à la famille Dettinger était « une forme de complicité ». « On a là quelqu’un qui a commis des faits très graves, qui a frappé un policier dans l’exercice de ses fonctions, qui était en train de maintenir l’ordre public, c’est gravissime. Soutenir cela, c’est être complice de cet acte et c’est l’encourager », avait-elle expliqué.  

Près de 130 000 euros en deux jours

La cagnotte avait été créée en soutien à Christophe Dettinger, filmé en train de frapper deux gendarmes lors de l’acte 8 des « gilets jaunes » le 5 janvier à Paris. Devenu un symbole du mouvement, il a été condamné en février à un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté, et 18 mois de sursis avec mise à l’épreuve. 

Juste après la diffusion de la vidéo en janvier, les dons avaient afflué, atteignant en deux jours 130 000 euros selon Leetchi, 145 000 euros selon les Dettinger. Mais le 8 janvier, la plateforme, vivement critiquée jusqu’au sein du gouvernement qui dénonçait une apologie de la violence contre les forces de l’ordre, a fermé la cagnotte et bloqué l’argent

A la mi-avril, quarante souscripteurs ont porté plainte, estimant que Leetchi avait « manifestement détourné les fonds remis par les participants » en les « retenant », en « procédant unilatéralement au remboursement de certains participants » et « en modifiant unilatéralement [leur] destination ». 

Selon Leetchi, l’organisateur s’était engagé à ce que les sommes récoltées servent « uniquement » à couvrir les frais de justice de Christophe Dettinger. L’organisateur « ne s’est jamais engagé à ce que les fonds ne servent que pour les frais d’avocats », répond Laurence Léger. La justice, saisie par Leetchi comme par le couple Dettinger et l’organisateur de la collecte, doit dire le 19 juin si la plateforme avait le droit de suspendre la cagnotte ou si elle doit verser l’argent à l’ex-boxeur. 



Source: L’express